A Contre-Saison

Je me lève à midi, les rideaux sont tirés,

La lumière dehors frappe mais n'entre pas.

Je regarde mes mains comme on regarde un étranger,

Ces doigts qui autrefois savaient comment faire ça.

Le miroir est embué, j'y trace une silhouette,

Elle disparaît vite, comme tout ce que je touche.

Je souris pour la forme, je joue la marionnette,

Et le soir je redeviens ce que je suis, une souche.

Il y a quelque chose en moi qui voulait éclore,

Un bouton de saison coincé dans son écorce.

Le printemps est dehors, les autres s'y engouffrent encore,

Moi je suis la graine qui ne trouve plus sa force.

Je suis retourné dans l'œuf, dans le rouge et l'or,

Là où rien n'est défini, là où rien ne me juge.

C'est doux d'être informe, c'est doux d'être encore

Ce rien qui se recroqueville et qui bouge.

Mais l'œuf a ses limites, la coquille a ses failles,

Et quelque chose craque, moi ou bien la paroi.

Je ne sais pas si c'est moi qui nais ou qui me baille,

Si éclore c'est grandir ou juste avoir froid.

Le monde tourne dehors, il n'attend pas que j'existe,

Les gens passent leurs vies sans croiser mon regard.

Peut-être qu'un matin je ne serai plus si triste,

Ou peut-être que j'éclos trop lentement, trop tard.

Musique : Egg - Djo